Dans les deux premiers épisodes de cette expérience, je m’étais posé une question assez simple : ChatGPT peut-il réellement travailler sur WordPress ?
Pas seulement me conseiller.
Pas seulement me fournir un bout de PHP à copier-coller.
Mais examiner un site, comprendre son organisation, effectuer une modification et vérifier le résultat.
J’avais ensuite choisi mon terrain d’expérimentation : Subsahara.org, un ancien WordPress que je souhaite transformer progressivement en site multilingue consacré à l’Afrique subsaharienne.
Cette fois, nous avons franchi une étape supplémentaire.
ChatGPT a eu accès à WordPress par l’intermédiaire de WP-CLI.
Et il a commencé à travailler.
Première surprise : ChatGPT voit WordPress autrement
Jusqu’ici, lorsque je voulais montrer quelque chose à ChatGPT, je lui donnais généralement une URL, une capture d’écran ou un morceau de code.
Avec WP-CLI, la situation change.
ChatGPT peut me demander d’interroger directement WordPress :
wp core version
wp theme list
wp plugin list
wp menu list
Nous avons ainsi identifié le WordPress utilisé par Subsahara.org, son thème Twenty Twenty-Four, Polylang, les différents menus et les template parts du thème.
Et c’est là que l’expérience est devenue intéressante.
Le footer visible à l’écran semblait assez simple. Mais WordPress racontait une histoire beaucoup plus compliquée.
Trois footers… mais un seul réellement utilisé
Subsahara.org possède trois langues : français, anglais et espagnol.
Dans WordPress, nous avons découvert plusieurs template parts portant des noms comme :
- Pied de page FR ;
- Pied de page EN ;
- Pied de page ES.
La conclusion semblait évidente : chaque langue devait avoir son propre footer.
Sauf que ce n’était pas le cas.
En interrogeant les templates avec WP-CLI, nous avons découvert que les pages utilisaient toutes le même template part :
footer
Et celui-ci était une version personnalisée enregistrée dans la base de données WordPress.
Autrement dit, ce que suggérait l’interface d’administration n’était pas exactement ce que WordPress utilisait réellement.
C’est probablement la première chose que je retiendrai de cette expérience : donner accès à WP-CLI à ChatGPT ne lui permet pas seulement de modifier WordPress.
Cela lui permet d’abord de l’interroger.
Puis nous avons découvert les menus
Nouvelle péripétie.
Une première commande semblait indiquer qu’il n’existait pratiquement pas de menus multilingues.
Je savais pourtant qu’ils existaient : je les voyais dans l’administration WordPress.
Nous avons donc continué à chercher.
La raison était finalement assez simple : nous regardions d’abord les navigations Gutenberg alors que le site utilisait également les anciens menus WordPress.
Une autre commande a révélé les six menus :
englishmenu
Frenchmenu
Menu2english
menu2french
Menu2spanish
Spanishmenu
Et surtout leurs emplacements.
Chaque langue possédait un menu principal et un menu secondaire.
Nous tenions la solution pour le footer.
Au lieu d’y maintenir trois listes de liens écrites en dur, nous pouvions demander à WordPress d’utiliser simplement son emplacement :
secondary
Polylang se chargerait ensuite de sélectionner le bon menu suivant la langue affichée.
Première vraie modification
Avant de toucher au footer, nous avons fait quelque chose de beaucoup moins spectaculaire mais probablement beaucoup plus important :
une sauvegarde.
WP-CLI a exporté le contenu du footer dans un fichier local.
Nous avions désormais un point de retour.
ChatGPT m’a ensuite fait remplacer les trois anciennes listes FR, EN et ES par un seul bloc Navigation relié à l’emplacement secondary.
Je suis allé voir le résultat dans mon navigateur.
Français : bon menu.
Anglais : bon menu.
Espagnol : bon menu.
Ça fonctionnait.
Pour la première fois dans cette expérience, ChatGPT ne m’avait pas simplement expliqué comment modifier mon WordPress.
Il avait piloté la modification.
Nous avons alors supprimé la carte
L’ancien footer contenait également une Google Map dont l’utilité était discutable.
WP-CLI nous avait permis d’identifier précisément le bloc concerné.
Nous l’avons supprimé.
Puis nous avons transformé les simples mentions « Facebook » et « Instagram » en véritables liens.
À ce stade, tout allait presque trop bien.
Et c’est là que ChatGPT a fait une bêtise.
ChatGPT casse mon footer
Je voulais améliorer légèrement la colonne consacrée aux réseaux sociaux.
L’idée était anodine : ajouter un titre au-dessus des liens.
ChatGPT a tenté de modifier récursivement la structure des blocs Gutenberg à l’aide d’une commande PHP exécutée par WP-CLI.
La commande est passée.
Mais dans le navigateur, le résultat était mauvais.
Une bonne partie du footer avait disparu.
ChatGPT venait réellement de casser mon footer.
C’est finalement l’un des moments les plus intéressants de toute cette expérience.
Car nous avions prévu le problème.
Retour arrière
Nous avions toujours notre fichier de sauvegarde.
Une commande WP-CLI a donc réinjecté le contenu original dans le template part.
Quelques secondes plus tard, le footer initial était revenu.
Pas de restauration complète de WordPress.
Pas de manipulation dans phpMyAdmin.
Pas de recherche fébrile dans l’éditeur de site.
Juste notre point de retour.
Cette petite mésaventure a aussi changé notre méthode.
Nous avons décidé que ChatGPT ne reconstruirait plus une structure Gutenberg complexe au moyen d’une gigantesque commande exécutée directement sur la base.
ChatGPT prépare, WP-CLI applique
Nous avons séparé les rôles.
Codex a préparé localement un fichier footer-v1.txt contenant la structure Gutenberg complète du futur footer.
Mais il n’avait pas le droit de modifier WordPress.
Puis WP-CLI a contrôlé ce fichier.
Nous avons vérifié la présence du menu secondaire, de Facebook, Instagram et WhatsApp.
Nous avons également vérifié l’absence de l’ancienne Google Map et des anciens menus écrits en dur.
Enfin, nous avons demandé à WordPress lui-même de parser le fichier.
Il a reconnu sa structure Gutenberg.
Seulement à ce moment-là, WP-CLI a remplacé le contenu du footer.
Et cette fois, ça marche
Le nouveau footer est maintenant beaucoup plus simple.
Il comporte le logo de Subsahara.org, le menu secondaire correspondant automatiquement à la langue, les réseaux sociaux et le copyright.
La carte Google a disparu.
J’ai testé le résultat en français, en anglais et en espagnol.
Les trois versions fonctionnent.
Mais le résultat graphique n’est finalement pas ce qui m’intéresse le plus.
Ce que cette expérience change
Je pensais au départ que « donner accès à WordPress à ChatGPT » signifiait essentiellement lui permettre de modifier des fichiers ou la base de données.
Après cette expérience, je vois les choses différemment.
Le plus intéressant est peut-être la chaîne complète :
observer → comprendre → sauvegarder → modifier → contrôler → faire valider par un humain.
Et, lorsque quelque chose se passe mal :
restaurer → comprendre l’erreur → changer de méthode → recommencer.
C’est très différent de la manière dont j’utilisais ChatGPT jusqu’ici.
Je ne lui ai pas demandé :
« Comment créer un footer multilingue dans WordPress ? »
Je lui ai demandé, en substance :
« Voici mon WordPress. Regarde comment il fonctionne et aide-moi à corriger son footer. »
Et nous n’avons pas toujours trouvé la bonne réponse du premier coup.
C’est justement ce qui rend l’expérience intéressante.
ChatGPT n’a pas remplacé le webmaster
À aucun moment je n’ai laissé ChatGPT décider seul que le résultat était satisfaisant.
WP-CLI lui donnait accès à la mécanique de WordPress.
Codex pouvait intervenir sur des fichiers locaux.
Mais le navigateur restait mon outil de validation.
Quand ChatGPT pensait avoir correctement modifié le footer, c’est moi qui regardais le site.
Quand il l’a cassé, c’est moi qui l’ai constaté.
Et lorsque les versions française, anglaise et espagnole ont finalement fonctionné, c’est encore moi qui les ai validées.
Le fonctionnement que je cherchais commence donc à prendre forme :
ChatGPT pilote → les outils exécutent → WordPress répond → l’humain valide.
Et maintenant ?
Nous n’avons modifié qu’un footer.
C’est volontaire.
Le but de cette expérience n’est pas de confier brutalement tout un WordPress à une intelligence artificielle.
Il est de déterminer progressivement jusqu’où on peut lui donner les clés sans perdre le contrôle.
Cette fois, ChatGPT a pu entrer dans l’atelier.
Il a regardé comment WordPress était construit.
Il a utilisé ses outils.
Il a même cassé quelque chose.
Puis il a été capable de revenir en arrière et de proposer une méthode plus sûre.
Pour une première journée avec les clés de l’atelier, ce n’est déjà pas si mal.

